Dans Le Potentiel du 22 novembre Willy Kabwe a fait une réflexion sur Le Mensonge en RDC. Elle amène les lecteurs à se poser des questions et à chercher des réponses. En fait, il ne s’agissait pas que du mensonge. Il aurait pu poser la question de savoir pourquoi et comment le mensonge est devenu une façon de vivre, de penser. Au point, dit-il, que quand quelqu’un ose dire la vérité, il sera ridiculisé. Si on pousse la réflexion, on pourrait, par exemple, par rapport à l’histoire de notre pays ou même de l’Afrique entière, pour ne pas parler de l’humanité, se demander pourquoi la tendance dominante est celle de fuir la vérité. Mais, certainement, Il doit y avoir des gens qui ne disent que la vérité et, même, qui pourraient mourir de honte s’il leur advenait de ne pas dire la vérité. Obasanjo a-t-il décidé d’écouter les diseurs de vérité ? Mais c’est vrai que les diseurs de mensonge, au Congo et dans de nombreux pays de la Planète, préfèrent le mensonge à la vérité
Ainsi, face à ce qui se passe au Nord-Kivu, une haute personnalité (non Africaine) a pu déclarer qu’il s’agissait de la plus grande crise humanitaire en RDC. Est-ce vrai ? Ou s’agit-il, une fois encore de quelqu’un qui nomme pour nous ce qui nous arrive afin d’imposer comment penser la solution. La RDC n’étant pas une banque cotée dans les grandes bourses mondiales, elle sera traitée selon l’urgence dictée par l’humanitarisme. C’est-à-dire en traitant les enfants, les femmes, les gens lassés de la guerre comme une humanité de seconde et troisième classe. A-t-on oublié le génocide de 1994 ? Les mêmes qui avaient signé La Convention Contre le Génocide ont tergiversé et n’arrêtaient pas de se demander, tout haut presque, s’il s’agissait d’un génocide. C’est la même mentalité qui continue : les Africains, et surtout les plus faibles, les sans voix, ne provoquent pas les mêmes sentiments d’urgence que les appels au secours des grandes banques d’affaires. Certaines d’entre elles (il faut le rappeler) prirent naissance dans le Congo colonial et post-colonial, mais cela c’est une autre histoire. La leçon des derniers mois est claire : les puissants seront secourus au nom de l’humanité, et les plus faibles, les plus pauvres, les Africains seront secourus au nom de l’humanitarisme. Pour secourir les premiers on n’hésite pas à recourir aux grands moyens ; pour les seconds on recourt à l’aumône.
Mais cette leçon ne date pas d’hier. Elle vient de très loin. Willy Kabwe a raison de dire que l’ancrage du mensonge dans les mœurs du Congo a atteint un degré tel que le mensonge appelle le mensonge (MAM). Faudra-t-il conclure que les Congolais sont des menteurs depuis la nuit des temps ? Faut-il conclure qu’au Congo il n’y a pas, comme dirait le regretté Ahmadou Kourouma (dans sa pièce de théâtre intitulée Le diseur de vérité—tout au singulier), des diseurs de vérités ? Dans l’histoire de notre pays, jusqu’aujourd’hui on peut affirmer que le nombre des diseurs de vérité furent et continuent d’être la majorité. Il y a eu Kimpa Vita, Zumbi de Palmarès (un Africain au Brésil dans le 17ème siècle), Makandal et Boukman (à Saint Domingue/Haiti, 1755 et 1791), Anastacia (Africaine au Brésil, 19ème siècle)Toussaint-L’Ouverture, Dessalines (Saint domingue/Haiti1791-1804), Kimbangu, Lumumba, Mulele qui se singularisèrent par leur résistance contre l’esclavage et le colonialisme. Mais parmi ces grands noms bien connus, il y a eu des gens de partout, des gens qui pensaient, qui pensent et qui disent la vérité. A mi-voix, en sourdine, en silence, peu importe. C’est toujours mieux que ceux qui s’abandonnent au mensonge
Pour avoir dit la vérité, ils n’ont pas seulement été ridiculisés, ils sont morts pour avoir osé dire la vérité face au processus qui cherchait à nier leur existence comme membre à part entière de l’humanité. La question qui se pose aujourd’hui en RDC est celle-ci : serait-il qu’en RDC il n’y a plus de diseurs de vérité ? Face à cette situation, la majorité des Congolais ne devrait-elle pas demander au Général Obasanjo de faire appel aux diseurs de vérité ?
Malheureusement, on a l’impression que les prêtres du mensonge qui appelle mensonge (MAM) vont continuer la mise à mort (MAM) des Congolais. A petit feu et en prétendant de venir en aide le moins charitablement possible. Il est plus important de renflouer les banques (passées maîtres dans le mensonge) qu’une humanité qui, comme disait Fanon dans Les damnés de la terre, était massacrée chaque fois qu’elle était rencontrée.
Trop habitué dans son propre pays au MAM, Obasanjo osera-t-il rompre la routine qui a amené la RDC dans l’éternel piège du mensonge qui appelle le mensonge ? Osera-t-il lancer un appel, avec protection de vie garantie, aux diseurs de vérité de la RDC en vue d’inverser le cycle auto reproducteur du mensonge ? Au cas où le général Obasanjo serait vraiment intéressé à entendre les diseurs de vérités (DDV) il faudra qu’il sache certaines choses. Par exemple, en général les DDV, les vrais de vrai, n’étant pas intéressés par les postes et/ou le pouvoir, il ne les trouvera pas là où le pouvoir a rendu l’air nécessaire aux DDV irrespirable. Les DDV fleurissent partout, mais en particulier chez les plus pauvres, les sans abris, les déplacés pour cause de guerre, les chômeurs. Au plus on se rapproche du pouvoir, au plus le mensonge appelle le mensonge et automatiquement la mise à mort des DDV se met en marche. L’histoire de notre pays est une illustration persistante de ce processus.
S’il cherche bien dans ses archives, le général Obasanjo pourrait rencontrer les noms de certains DDV. Il en a même rencontré certains. Le général Obasanjo a la possibilité réelle d’inverser le MAM en VAV (la vérité appelle la vérité ou vie à la vérité). Il suffirait d’un petit geste. Evidemment, pour aider le Général, il faudra peut-être qu’un émissaire puisse lui être envoyé et lui faire voir que même si les DDV n’ont pas des chars d’assaut, ils seront toujours là quand les chars ne pourront plus fonctionner car les chars ne peuvent pas avoir d’enfants, et, à force de se mentir les prêtres du MAM finiront par disparaître. Non seulement au niveau de la RDC, mais au niveau de la Planète. En somme la tâche d’Obasanjo, la verra-t-il ainsi, est non seulement de guérir l’humanité en RDC, mais ce serait aussi un commencement de guérison pour toute la Planète. Nous souhaitons que le Général Obasanjo se rende compte de la hauteur de sa tâche et lui souhaitons de sentir la nécessité de faire appel aux diseurs de vérité.
Jacques Depelchin
Le 25 novembre 2008